Lundi 2 novembre 2009
Personne n'est dépourvu d'intérêt,
Chaque destin est tel la chronique des planètes.
En eux, rien de vraiment particulier,
mais toute planète diffère d'autre planète.
Et si quelqu'un vivait dans l'obscurité,
et dans cette obscurité se faisait des amis,
eh bien, cette obscurité avait son intérêt!
Et chacun a son monde bien à lui
et dans ce monde la merveille d'une minute
et dans ce monde le tragique d'une minute,
ce sont ses biens à lui.
Dans chaque personne qui meurt
meurt aussi sa première neige, son baiser, son combat.
Cela s'en va avec elle.
Il reste des livres et des ponts
des tableaux et des machines.
Dont c'est le destin de survivre.
Mais ce qui s'en va n'est pas non plus sans valeur :
C'est la règle du jeu, quelque chose est parti.
Ce ne sont pas seulement les gens qui meurent, des mondes meurent en eux.
Ces créatures terrestres, que nous savons imparfaites,
Que savions-nous vraiment d'elles?
Frère d'un frère? Ami d'un ami?
Amant d'un amant?
Nous qui connaissions nos pères
En toute chose, en rien.
Ils périssent. On ne peut les faire revenir.
Les mondes secrets ne se régénèrent pas.
Et chaque fois encore et encore
Je pleure contre la destruction.

Evgueni Evtouchenko - Les Gens


Photos : Vêtements reprisés japonais

Ces tissus là me touchent,
Bien plus que ceux finement brodés d'or et de soie.

Ravauder, rapiècer, repriser,
Quel sens donner à ces travaux dans un temps qui ne connait que le mot jeter.

Un temps qui  n'a plus le temps,
Le temps de rien,
sauf de n'avoir pas le temps.

Pour ne pas goûter la sapidité ultime la vie,
en chaque instant.
S'étourdir, s'abasourdir,  par crainte de mourir.

A fuir la mort, on gagne juste de ne pas vivre.



Par L'Arpenteuse - Publié dans : Lettres à l'Aimé
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Mercredi 28 octobre 2009

Écrire. Écrire pour obéir au besoin que j'en ai.

Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.

Écrire pour ne plus avoir peur.

Écrire pour ne pas vivre dans l'ignorance.

Écrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.

Écrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.

Écrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m'aimer.

Écrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves.

Écrire pour déterrer ma voix.

Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier.

Écrire pour épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.

Écrire pour conquérir ce qui m'a été donné.

Écrire pour susciter cette mutation qui me fera naître une seconde fois.

Écrire pour devenir toujours plus conscient de ce que je suis, de ce que je vis.

Écrire pour tenter de voir plus loin que mon regard ne porte.

Écrire pour m'employer à devenir meilleur que je ne suis.

Écrire pour faire droit à l'instance morale qui m'habite.

Écrire pour retrouver - par delà la lucidité conquise - une naïveté, une spontanéité, une transparence.

Écrire pour affiner et aiguiser mes perceptions.

Écrire pour savourer ce qui m'est offert. Pour tirer le suc de ce que je vis.

Écrire pour agrandir mon espace intérieur. M'y mouvoir avec toujours plus de liberté.

Écrire pour produire la lumière dont j'ai besoin.

Écrire pour m'inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l'érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu'elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d'une société malade.

Écrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l'aider à se connaître et à cheminer.

Écrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer.

Écrire pour que me soient donnés ces instants de félicité où le temps se fracture, et où, enfoui dans la source, j'accède à la l'intemporel, l'impérissable, le sans-limite.

Charles JULIET

Il me semble que ce texte répond à tant de questions, à tant de craintes.
Il me semble qu'il chante si bien avec le tableau de Bissière.
Pour lui, c'est écrire
Et pour moi ? A chacun de trouver sa réponse

Par L'Arpenteuse - Publié dans : Les éveilleurs
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Vendredi 23 octobre 2009

Au diable colère et mélancolie,

Toujours chercher la lumière

Et là, je la trouve

 

 

La lumière que seul un véritable artiste peut offrir

 

Un espace, une présence, un chant.

 

A mon avis, la fréquentation régulière d'une oeuvre pareille doit avoir des effets bénéfiques sur la santé,

 

Bien plus que........

 

Alors ouvrez vos fenêtres,

 

Et venez  rencontrer  Roger Bissière,

Peintre, paysan, taiseux


Maître de l'essentiel.

Depuis longtemps son oeuvre me travaille,

par son humilité, par son humanité

Alors je partage

 

 

Par L'Arpenteuse - Publié dans : Les éveilleurs
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Mardi 20 octobre 2009

L'édifiante histoire du "plancher de Jeannot "

Où comment les arracheurs de plancher, les bien-pensants, les honnêtes marchands de sommeil, les brocanteurs de rêves, les esthètes de la souffrance,  peuvent piller, ravager, et profaner, sans l'ombre d'un doute, la vie d'autrui.

Placarder sa souffrance aux murs de leurs distributeurs de tranquilisants, pour vanter les mérites de leur chimie.

Récupérer ; imbuts, satisfaits ; au nom de l'Art, de la Norme, et des bonnes manières, la trace d'un malheureux qui avait jusque là réussit à leur échapper.

Probablement avoir l'indécence d'inaugurer dans les petits fours et le champagne l'ultime message d'un homme qui s'est laissé mourrir de faim !!

Ici, je ne vois en commun avec l'art que la notion de nécessité intérieure. Sauf que chez "Jeannot", cette nécessité, c'est de témoigner d'une longue agonie, de sa longue agonie.

Mais au moins, je sais ce qui me touche dans cette vie mise à nu, étalée sur un pilori. C'est probablement l'éternelle étrangère qui se révolte en moi, à cette histoire de récupération. Celle qui connait bien la vie ordinaire des fonds de campagne, la vie que l'on y fait aux "autres", à ceux qui ne ressemblent pas, ceux qui n'appartiennent pas. C'est cette vie là qui émerge de l'article du Nouvel Obs. Il semble que jamais n'ait été offerte à cette famille,  la moindre écoute ou compassion. Juste la
surveillance et les ragots.

Héréditaire cette folie ? Pourquoi pas géo-sociologique ?

Bon, je suis en colère, et je me pose de plus en plus de question sur l"Art". Et surtout, sur ce que c'est que d'être un humain.

Le dossier "plancher de Jeannot" chez
Anima Vagula



Tableau :Fautrier : Otage
Par L'Arpenteuse - Publié dans : Cheminement
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Mercredi 7 octobre 2009

J'ai chéri ce monde
Et l'ai entouré comme une vrille végétale avec chaque fibre de mon être !
La lumière et la ténèbre de la lune mêlée au soir
Ont flotté parmi ma conscience, en elle se sont fondues,
Tant qu'à la fin ma vie et l'univers
Sont un !
J'aime la lumière du monde, j'aime la vie en elle-même.


Pourtant ce n'est pas une moindre vérité que je dois mourir.
Mes mots, ils cesseront un jour de fleurir parmi l'espace ;
Mes yeux, jamais ils ne pourront plus se livrer à la lumière ;
Mes oreilles s'entendront plus les messages mystérieux de la nuit,
Et mon coeur
Il ne viendra plus en hâte au fougueux appel du soleil levant !
Il faudra que je prenne fin
Avec mon dernier regard,
Avec ma dernière parole !


Ainsi le désir de vivre est une grande vérité,
Et l'adieu absolu, une autre grande vérité.
Pourtant doit se produire entre eux une harmonie !
Sinon la création
N'aurait pu supporter si longtemps souriante
L'énormité de la fraude !
Sinon la lumière aurait déjà noirci, comme la fleur dévorée par le ver !

Rabindranath Tagore

Par L'Arpenteuse - Publié dans : Les éveilleurs
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  • : L'Arpenteuse
  • arnheim
  • : Moi ? Non. Juste quelques reflets de la vie en soi

Brigitte Sénéca

L’expérience de la création nous dénude Créer est une plongée en nous–mêmes. Nous allons rencontrer inévitablement résistances, limites et beauté. Travailler l’œuvre, c’est se laisser travailler, se laisser pétrir jusqu’à ce que jaillisse quelque chose qui nous dépasse : la Vérité qui nous cherche se montre et d’œuvre en oeuvre nous libère de nous–mêmes, nous unifie, nous éclaire.

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